L’acteur est responsable de lui-même, il ne peut attendre qu’un metteur en scène ou qu’un dramaturge lui explique quoi faire. Il est son propre « producteur ». Jouer ne consiste pas à devenir un autre sur la scène mais à collecter des fragments d’un personnage tout en étant, en restant soi. Le public regarde une personne et non un rôle. Les comédiens gardent leurs distances avec le personnage, le cernent, l’analysent, y entrent, en ressortent, mais ne s’y identifient pas. C’est par l’oscillation permanente et ténue entre distanciation et incarnation, entre analyse et émotion, qu’ils déploient la force subversive du théâtre. Par l’ambiguïté savamment entretenue, ils insèrent la distance réflexive qui permet au spectateur de jouer avec eux, de ressentir l’actualité, le sens du rôle.

Toujours en éveil, toujours libre et discipliné, il doit se rendre compte qu’il constitue un élément essentiel dans la polyphonie des matériaux théâtraux. Voila pourquoi il apparaît indispensable de lui proposer d’intégrer une structure théâtrale sans mode d’emploi mais avec une véritable proposition artistique où équilibre et cohérence se heurtent constamment avec déséquilibre et rupture, où l’acteur oscille entre réalité et représentation, authentique et artificiel, véracité et création, liberté et enfermement.

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